Renaissance.

Renaissance.
Pendant toute une vie, on subit une existence au ralenti à cause d'un temps à rallonges, pesant et comme effroyablement étirable. Chaque heure sonne comme une décennie et la perfide trotteuse se traîne sous nos yeux allanguis. Bientôt le tic-tac affaibli n'égrenne plus que les notes ennuyeuses de nos vies différées.

Mais le temps d'une soirée, changeons d'échelle, changeons d'unité. Remplaçons l'infernale mécanique par les aléas divins d'une simple goutte d'eau.
Alors tout semble basculer et la nuit tout à coup nous échappe. Nous jouons les plaisanciers entre ciel et mer et le mât de notre voilier, en poinçonnant les cieux, nous offre plus que jamais l'impression que la vie est à portée de main.
Nous vogons à deux sur les écumes d'une céleste quiétude. Entends tu les vagues qui se taisent? Enfouis tes pieds dans les profondeurs du sable, tu sentiras la chaleur de la Terre. Ici, c'est Cassiopée; as tu vu l'étoile filer?
Nous goûtons à l'éternel. La coque qui nous entoure est l'infranchissable muraille de notre paradis et sous les cordages tendus, on vibre au présent en succombant avec délice à un calme abandon.
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# Posté le vendredi 23 octobre 2009 15:07

Comme un souffle.

Comme un souffle.
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"Bois du vin... C'est lui la vie éternelle.
C'est le trésor qui t'est resté des jours
De ta jeunesse :
La saison des roses et du vin,
Et des compagnons ivres !

Sois heureux un instant, cet instant c'est ta vie."

# Posté le samedi 20 juin 2009 17:49

Echéance

Echéance
Je m'entoure de ton silence et fais de ton absence ma nouvelle carapace.
Je trouverai le moyen de te haïr sans te transformer en saint. Parce qu'elle et moi sommes bien différentes et que tu ne me feras plus croire qu'il existe un peu de lui en toi. J'aimerais pouvoir affirmer qu'une page se tourne aujourd'hui mais de cette relation stérile, nous n'avons à peine écrit qu'un vers.
Je trace ma nouvelle route loin de l'épais chemin de ton mutisme. Je m'éloigne de ton détachement en quelque sorte.
En explorant ce sentier inconnu, je sens éclore en moi une volonté neuve. Qu'importe que chaque pas soit une épreuve, de cette souffrance je vois déjà poindre une force infrangible.
Je n'ai pas besoin de potion pour t'oublier, encore moins pour t'abhorrer. Je puise ma détermination dans le dégoût amer que m'inspire ton souvenir.
J'apprends à aimer le bruit de ma solitude naissante; l'écho de mes pas orphelins dans ce bois et les notes d'une guitare étrangère. Les reliques de cette histoire disparaissent peu à peu, comme un chateau de sable presque effrondré sur lequel un enfant soufflerait sans regret ni tristesse. Je ne dis plus "nous" pour parler de moi, et le singulier est puissant parce qu'il te rejette. Je suis singulière et j'arrose les plantes en les regardant pousser. Je comprends que j'aurais pu t'abreuver de toute l'eau du monde; tu n'en aurais pas moins demeuré sec et infertile.
Là où je vais, ton prénom ne m'inspire rien et je me plais déjà dans cette contrée où tu n'existes pas.
Adieu Mirage, adieu Poison.

# Posté le vendredi 02 janvier 2009 17:06

Modifié le mardi 06 janvier 2009 13:25

Des secondes à foison.

Des secondes à foison.
Je crois que c'est bon, qu'il dort. Sa cage thoracique se soulève et s'abaisse paisiblement. Je vois mon amour gonfler avec ses poumons mais mon coeur, lui, ne désemplira pas. Ses yeux s'agitent sous leurs paupières. Je dois le faire...

Sa tête, entaillée, repose toujours sur mes genoux. Je ne sais pas à quoi ressemble ce que je cherche, ni l'endroit précis où je dois explorer mais malgré cela, je suis sereine. Son cortex palpite calmement sous mon doigt. J'attends. Les minutes s'égrennent. Une heure s'écoule, peut être deux. On perd un peu la notion du temps lorsque qu'on tient l'encéphale de l'homme qu'on aime en équilibre sur ses cuisses. J'attends, mon coeur battant au rythme du sien. Et je la vois! Comme un filet argent presque imperceptible, juste là, si près, ondoyant dans son hémisphère droit! La haine qui m'étouffe à cet instant est indescriptible et face à cette fluidité ensorcelante, je me déteste d'être aussi impuissante. Insaisissable, elle ondule et se meut sous mon regard terrorisé. Pour la première fois, je réalise l'horreur indicible d'une existence face à son visage éteint. Mais tout à coup, dans son sommeil artificiel, il prend une grande inspiration. Alors je sais... Il est là, et moi je sais! Je tiens son cerveau entre mes mains et pourtant, à cette seconde précise, c'est lui qui s'empare de mon âme toute entière. J'entends un éclat de rire naître de ma bouche et elle, étonnée, se fige à ce son. Alors je baisse mon visage vers elle et, l'index à la narine, d'un mouvement de tête, je l'aspire. Mon crâne bascule en arrière et la douleur est indescriptible! La torture est l'euphémisme de mon conduit nasal et à l'image de l'autre pute, je me tords sous le supplice. Puis plus rien. La souffrance m'a quitté aussi instantanément qu'elle était apparue. Ma main parcourt mon visage, que déjà je ne sens plus.
Le compte à rebours est lancé, il ne me reste plus beaucoup de temps. Après avoir refermé sa tête, je me précipite hors de la chambre.
A son réveil, il me trouvera allongée à ses cotés, souriante, et irrévocablement endormie.
Il découvrira alors les quelques lignes que j'aurais eu le temps de griffoner avant de sombrer.
A son réveil, il sera sauf et il saura que je ne mentais pas.
"Maintenant, c'est ta vie..."

# Posté le vendredi 21 novembre 2008 14:14

Modifié le dimanche 23 novembre 2008 07:37